mercredi 20 juillet 2016

COMMENT TRANSFORMER DES DROITS DE PLANTATION MUSCADET EN DROITS DE PLANTATION COGNAC POUR LES NULS ?



Depuis presque 10 ans l'ombre de la libéralisation des droits de plantation, conséquence directe de la réforme européenne de l'OCM viti-vinicole, planait sur l'aire d'appellation cognac. Qu'a t'il été fait durant cette décennie à cognac pour anticiper ce changement notable ? Pas grand chose a en croire l'actuelle surface potentiellement plantable disponible dans l'aire d'appellation. Un espace plantable d'environ 260 000 ha pour environ 75 000 ha plantés en vigne. L'aoc cognac a toujours voulu garder peu ou prou la taille de son aire pré-phylloxérique "au cas où". Prétentieuse va, aujourd'hui les filous s'engagent dans la brèche juridique sans vergogne...



Malin, mais pas sympa pour les copains ! 

Car une fois la libéralisation des droits de plantation promulguée en 2016 il était tentant pour certains de transférer des droits de plantation d'aire aoc peu valorisée (comme le muscadet par exemple) vers la  grande grande (trop grande) zone plantable de l'aoc cognac. Au final un gain foncier à valoriser qui peu avoisiner les 30 000€ par hectare : le prix de l'hectare de vigne à cognac étant de 45 000 € à 55 000€ contre 10 000€ en Muscadet CQFD.

Ce tour de passe passe n'est possible que parce que la libéralisation des droits de plantation a été associée volontairement à la suppression de l'obligation de ne pas pouvoir détenir des vignes à plus de 70km du siège social. 

A ce train là le vignoble de cognac va croitre de manière incontrôlé entrainant à termes une suproduction nocive pour tous. Comme quoi l'agrégat des intérêts individuels ne converge jamais avec l'intérêt collectif. Alors faut il s'offusquer d'une telle pratique ? Oui et non, après tout ce qui n'est pas strictement interdit par la loi est autorisé. En tout cas le diagnostic du syndicat des producteurs est formel : pas bien, pas bien, pas bien...

Montesquieuoutai...

Parce que les lois sont faites par les hommes, ces dernières peuvent également être défaite et mise à mal par les hommes. Bienheureux celui qui bénéficie de l'information en premier. Toutes les subtilitées législatives et fiscales sont bâties sur ce modèle, de façon à profiter aux gens de la corporation qui connaissent les rouages du système. Certains appellent cela un délit d'initié d'autres de la fine intelligence. Autant vous dire que vu l'émotion que cela suscite au sein de l'interprofession il serait totalement mal venu de se mettre à transférer des droits de plantation à présent que le pot au roses à été découvert.

Petits cours de rattrapage rapide pour ceux qui n'auraient pas compris : 



Mécanisme : Des vignerons de cognac achètent des vignes dans le Muscadet pour replanter une surface équivalente en aoc cognac. L'opération est tout à fait légale, mais déloyale.

1) Le viticulteur achète à vil prix quelques hectares dans une aoc dont la valeur vénale est faible.
2) Le viticulteur inscrit sa vigne au CVI et la cultive pendant 1 saison minimum
3) Le viticulteur arrache sa vigne
4) Le viticulteur replante la vigne en utilisant son droit de plantation sur une aoc plus valorisante qui à négligée la gestion de son aire plantable.

L'UGVC dresse l'échaffaud

Pour enrayer l'inévitable fuite en avant le temps le syndicat des producteurs (l'UGVC) a mis en place un réseau d'information inter-ODG qui rappelle les plus belles heures de la France. Démission conseillée pour tous les administrateurs qui s'adonneraient à cette pratique et appel à la responsabilité du négoce...

Rappelons quand même que tout cela ne serait pas arrivé si l'aire d'appellation correspondait de près à la surface de l'aire plantée (comme celle de la champagne par exemple). 

Une belle session de re-cartographie de l'aire aoc en perspective et peut être une belle opportunité pour redessiner quelque peu la carte des cru du cognac en se basant uniquement sur des critères géologiques et non politiques mais cela est une autre histoire.

Cheers,

F.


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