lundi 16 octobre 2017

PARACELSE : Rien n'est poison, tout est poison. C'est la dose qui fait le poison.


Paracelse, né Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim en 1493 à Einsiedeln (en Suisse centrale) et mort le  à Salzbourg (aujourd'hui en Autriche) est un médecin, philosophe mais aussi théologien laïque suisse, d’expression allemande (de dialecte alémanique).

Ce fut un médecin-chirurgien innovateur en thérapeutique, un philosophe de la nature concevant les phénomènes naturels comme des processus (al)chimiques de transformation, un théoricien des forces surnaturelles et un rebelle s'en prenant parfois avec virulence aux institutions et aux traditions.
Paracelse, philosophe, est un théoricien du Grand Tout, toujours animé par le désir de pénétrer la nature profonde des choses, attiré aussi bien par la Nature que par le royaume de Dieu. Sa pensée foisonnante, exubérante, est à l'image de l'homme rebelle, truculent, profondément croyant, se pensant sur la fin de sa vie, comme le médecin-prophète du dernier âge (Pierre Deghaye).
Paradoxalement, sa philosophie de la nature d'inspiration chrétienne et alchimiste, centrée sur Dieu, allait dans les siècles suivants, fournir un cadre intellectuel plus fructueux au développement de la médecine chimique moderne que la philosophie de la nature, rationaliste et naturaliste de la médecine galéniste, dominante à l'époque, mais qui était devenue dogmatique et sclérosée. Toutefois le paradoxe n'est qu'apparent, car le système de pensée de Paracelse n'était pas à prendre ou à laisser en totalité, seuls quelques éléments provenant de la pratique médicale pouvaient être gardés.
Dans son œuvre immense, toute imprégnée de la magie naturelle propre à la Renaissance, se trouvaient quelques idées fortes et innovantes qui semblent avoir impulsé (ou parfois seulement préfiguré) les recherches ultérieures des médecins paracelsiens sur la voie d'une analyse réductionniste des maladies, de l'extraction des principes actifs des substances, de l'usage interne des médicaments chimiques ou des remèdes psychoactifs.
En somme, Paracelse initie le tournant de la médecine galéniste vers la médecine moderne basée sur la biochimie, en déstabilisant les édifices galénique et aristotélicien et en ouvrant la voie à la physiologie expérimentale. Ce travail de sape de l'orthodoxie médicale scolastique fut aussi mené par l'autre grande figure médicale du xvie siècle, l'anatomiste André Vésale (1514-1564) qui osa s'écarter du modèle anatomique galéniste en s'appuyant sur l'observation directe des corps disséqués. La médecine moderne s'est ainsi construite en dénigrant complètement la « médecine traditionnelle européenne » galéniste, contrairement aux médecines traditionnelles chinoise et indienne qui résistèrent beaucoup mieux au rouleau compresseur de la médecine moderne, car celle-ci fut reçue en Asie comme une médecine occidentale menaçant l'identité des grandes cultures locales.
On peut aussi considérer que la pensée de Paracelse est le point de départ du long processus de séparation de la chimie de l'alchimie. Les travaux de nombreux savants sur deux siècles et demi permirent de se libérer des excès métaphysiques de Paracelse et en s'appuyant sur les expériences de laboratoire d'aboutir à la révolution chimique de Lavoisier des années 1787-1789.

Cheers,

F.

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