samedi 9 décembre 2017

L'épineuse question des additifs/ingrédients présents dans les spiritueux...


Sucres, colorants, décolorants, arômes alimentaires, agents texturants, antioxydants, fixateurs de couleur etc. Tous ce vocable renvoit à des ingrédients ou additifs utilisés dans le cadre de l'élaboration des alcools. Rares sont les spiritueux qui aujourd'hui n'utilisent pas au moins un additif dans le cadre de leur production sans le mentionner sur leur étiquette. Faut il s'offusquer de l'absence de mention sur l'étiquette ? Très certainement. Faut il s'offusquer de cette pratique ? Surement pas. Faut il pousser l'industrie, par la voie légale, à plus de transparence ? La réponse est oui, explications...



ETIQUETAGE, L'EXCEPTION DES VINS ET SPIRITUEUX

Contrairement à l'ensemble de l'industrie agro-alimentation qui se voit imposer un étiquetage détaillé des ingrédients et additifs (la nuance entre ces deux terminologies est importante) entrants dans la composition du produit, le monde des vins et spiritueux échappe à la règle. Pourquoi ? C'est l'illustration parfaite de la force d'un lobby et de son influence sur le politique et in fine sur le législateur. La noblesse des vins et spiritueux voudrait que l'on respecte le secret de fabrication du producteur au détriment de l'information du consommateur. Un étiquetage détaillé démystifierait le produit ? En France depuis 2012, les vins ont l'obligation de mentionner la présence d'allergènes sur l'étiquette. C'est un bon début. Les vins doivent ainsi mentionner la présence de: sulfites (anhydre sulfureux) et les agents de filtration/collage contenant du lait, des oeufs. Source : DGCCRF et OIV. Quid des Spiritueux ? Nada.



PRISE DE CONSCIENCE D'UN CONSOMMATEUR MIEUX INFORMÉ 

Pendant longtemps le consommateur, candide, a cru à une l'élaboration des spiritueux sans additifs. Le syllogisme est implacable : Pas de mention d'additifs/ingrédients sur l'étiquette donc pas de présence d'additifs/ingrédients dans le produit. Cette absence d'information était parachevée par une communication bien maitrisée des marques qui trouvait son salut dans le mensonge par omission. 

C'était sans compter sur la prise de parole du plus en plus importante de professionnels ou d'amateurs éclairés de la filière vins et spiritueux sur internet. Le premier coups de semonce a été tiré par DuRhum.com. L'article signé par un certain "Cyril" relançait le débat sur la transparence de l'étiquetage avec un argument fort et incontestable : des résultats d'analyses faites en laboratoire pointant du doigt l'utilisation flagrante d'additifs par certaines grandes marques de rhum (ci-dessous). 

Capture d'écran de la dérive du rhum par DuRhum.com

LA FIN DE L'ERE DE LA NON INFORMATION

Force est d'anticiper que d'autres résultats d'analyses seront publiés sur : les vodka ultra premium dont la "grasse" texture en bouche laisse dubitatif, les cognacs ou les armagnacs presque noirs après seulement 10 ans de vieillissement, les gins dont les aromatisations par adjonction d'arômes alimentaires sont flagrantes. 

Bref, c'est la fin de l'absence d'information sur la "cuisine" qui s'opère entre la distillation et l'embouteillage. Les marques qui persisteraient à manquer de transparence seront forcément sanctionnées par le consommateur lorsque l'information sera divulguée. Un bon exemple ci-dessous avec un caviste furieux contre Don Papa surement à la suite de la lecture de cet article de DuRhum.com consacré au démontage en règle de la marque

photo de Damien Capoulague sur Facebook.
"Voilà un caviste qui en a dans le froc"

FAUT IL CONDAMNER L'UTILISATION DES ADDITIFS/INGRÉDIENTS DANS LES SPIRITUEUX ?

Non. Cette pratique qui consiste à ajouter des additifs/ingrédients dans le spiritueux dans le cadre de son élaboration ne doit pas être condamnée. Pourquoi ? Parce que cette pratique est locale, loyale et constante. Elle fait partie intégrante du processus de fabrication. Par contre il faut condamner le défaut d'information qui a laissé croire au consommateur que rien n'était ajouté aux vins ou aux spiritueux lors de leur production. A une époque où les populations urbanisées rêvent aveuglément à "l'Etat de Nature" si cher à mon pote J.J.Rousseau ceci est forcément déceptif. Tous les cahiers des charges de spiritueux AOC reconnaissent et règlementent certaines pratiques. Quelques exemples ci-dessous :

Réglementation AOC Cognac
"L’adjonction d’infusion de copeaux de chêne fait partie des méthodes traditionnelles autorisées.
Seuls la coloration par utilisation de caramel E150a (caramel ordinaire) et/ou l’adjonction d’infusion de copeaux de chêne, et/ou l’ajout de produits définis au point 3 a) et c) de l’annexe I du Règlement (CE) n°110/2008 du 15 janvier 2008 sont autorisés". de telle sorte que l’obscuration de l’eau-de-vie reste inférieure ou égale à 4 % vol.. L’obscuration, exprimée en % vol., est obtenue par la différence entre le titre alcoométrique volumique réel et le titre alcoométrique volumique brut.

Réglementation AOC Armagnac
Les méthodes traditionnelles - coloration par utilisation de caramel E150a (caramel ordinaire) et/ou adjonction d’infusion aqueuse de copeaux de chêne stabilisée ou non par de l’Armagnac et/ou ajout de produits définis aux points 3 a) et c) de l’annexe I du règlement (CE) n° 110/2008 du 15 janvier 2008 - sont autorisés, de telle sorte leur effet sur l’obscuration de l’eau de vie soit inférieur à 4 % vol. L’obscuration, exprimée en % vol est obtenue par la différence entre le titre alcoométrique volumique réel et le titre alcoométrique volumique brut.


Réglementation AOC Calvados
Les méthodes de finition sont autorisées de telle sorte que leur effet sur l’eau-de-vie soit inférieur à 4 % vol. d’obscuration. L’obscuration, exprimée en % vol. est obtenue par la différence entre le titre alcoométrique volumique réel et le titre alcoométrique volumique brut. 


LES MARQUES DOIVENT REVOIR LEUR COMMUNICATION

Nous ne sommes plus au Moyen-Âge, âge d'or de l'obscurantisme si il en est, il serait bienvenu que les marques de spiritueux commencent à communiquer spontanément sur l'emploi d'additifs. Ex: Pacto Navio qui communique ouvertement sur son taux de sucre ajouté. Il faut dédramatiser cette pratique en l'expliquant au consommateur. Seule la transparence désamorcera la situation. 

Dans l'absolu, tous les différents additifs/ingrédients alimentaires employés devraient être indiqués clairement sur la contre-étiquette de la bouteille. Pour faire appliquer cette bonne pratique rien de tel qu'une bonne loi assortie d'une sanction de la DGCCRF pour ceux qui viendraient à y contrevenir. 

Cheers,

F.





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