mercredi 31 août 2016

Pineau des Charentes, il faut baisser en gramme de sucre résiduel.



Singulièrement pluriel, c'est le nouveau motto du pineau des Charentes. Objectif: conquérir de nouveaux marchés au national et à l'international. Jusque là rien de nouveau sous le soleil. Le comité national du pineau des charentes (CNPC) veut jouer la carte de l'authenticité pour favoriser une stratégie de valeur. Cela sera t'il assez ? On peut se poser la question.
 Le pineau des charentes, Brard-Blanchard, certifié Agriculture Biologique

Il est vrai qu'à l'heure actuelle cette mistelle*  élaborée à base de cognac est peu valorisée. La faute aux marques de distributeur qui persistent à vouloir revendre ledit produit sous leur MDD aux alentours de 7€ dans les rayons ? La faute à une fiscalité inique qui plombe le résultat et par ricochet les investissements en marketing et communication ? La faute aux BABV qui captent des consommateurs toujours plus versatiles ? ou simplement une tendance globale du marché ? 


Le pineau des Charentes, Bache-Gabrielsen, aux notes de rancio prononcées

Ce qui est certain c'est que les ventes chutent et que l'aoc a du mal à reconstituer des stocks. Il est vrai que le marché des apéritifs en France n'est pas au beau fixe: -5% en 2014 (Source Nielsen). Jean Marie Baillif, président du CNPC, est lucide : "produire c'est bien, vendre c'est mieux". Comment trouver ça place dans une catégorie foisonnante dont le moment de consommation (l'apéritif) est en pleine restructuration ? Nous assistons ainsi à une disparition du moment apéritif traditionnel au profit d'une plage horaire confuse de consommation dite "bonding" associée à du grignotage de planches et autres.


Les Filles Conte, de loin le meilleur pineau des Charentes jeune de la dégustation

Le pineau des Charentes a la particularité d'être mutée au cognac. Les coûts de production sont donc naturellement élevés. La stratégie du bas prix est forcément non pérenne, et le schéma de distribution en GMS aujourd'hui en est la preuve. Il faut sortir de ce marché irrévérencieux et monter en gamme en créant de la valeur ajouté au produit. Mais comment ? La différentiation par le design packaging, si bien illustrée par Rastignac, n'est semble t'il pas suffisante.


Chateau des Plassons, pineau des Charentes Rastignac, un positionnement design

La difficultés des mistelles a toujours été liée au fait qu'elles soient considérées comme des produits secondaires. Pas valorisant. Exemple: Le pineau des Charentes peut être considéré comme une production secondaire à côté de la production vivrière principale du viticulteur qu'est celle du cognac. C'est cette même réflexion même qui a été tenue e, 1942 par le législateur pour légitimer de façon douteuse une taxation des vins de liqueur supérieur à celle des vins doux naturels.


Domaine Ménard, le fournisseur officiel de pineau des caves Nicolas depuis 50 ans.

Le salut viendra de la capacité de l'arc pineau des Charente a retrouver sa créativité initiale en retouchant les intrinsèques du produit. Pourquoi ne pas ouvrir les yeux et le décret d'appellation (datant de 1945) pour proposer une mistelle plus en phase avec le goût actuel des consommateurs ? 

Le pineau des Charentes c'est très bon, mais ne nous leurrons pas, même très très frais on n'en boira jamais plus de deux verres d'affilés. Pourquoi ? C'est organoleptique : Trop de sucre résiduel et trop d'arômes tertiaires liés à l'élevage sous bois mon capitaine.

La CNPC proposait lors de sa dernière assemblée la création d'une nouvelle catégorie de pineau entre le vieux et le très vieux "parce que l'élevage de 30 mois impact le gout". C'est exact, et je salue le geste ainsi que l'ouverture d'esprit qui va avec.

Messieurs du CNPC, vous pensez être dans la question mais vous n'y êtes pas. Le sucre, les tannins, ceci est la question. Occupez vous de ceci. Pour ce faire, je crains qu'il ne faille aller beaucoup plus loin dans votre action en créant une nouvelle catégorie de pineau des Charentes. Ce produit pourrait porter la mention complémentaire "pineau nouveau". Je m'explique.

Pour produire ce pineau "nouveau" des charentes, le moût fraîchement pressé subirait une macération pré-fermentaire à froid pour une meilleur extraction aromatique. Puis viendrait, un début de fermentation alcoolique maitrisé pour perdre du sucre résiduels. c'est la principale innovation. Ainsi le produit gagnerait en légèreté et en buvabilité. Vous stabiliseriez ensuite le moût en début de fermentation par filtration à froid. Puis viendrait un mutage conventionnel au cognac, ainsi qu'un court élevage en cuve inerte. C'est la seconde innovation. Pourquoi ne pas faire de vieillissement sous bois ? Parce que le pineau "nouveau" des Charentes gardera ainsi tout la palette aromatique du fruit fraîchement muté : légereté, fraicheur, fruité. Pour toujours plus de buvabilité, et moins de frais de d'élevage.

En sommes il faudrait modifier le décret d'appellation pour créer une catégorie "pineau nouveau" qui comprendrait :

- macération préfermentaire à froid (48h pour extraction arômes)
- début de fermentation du moût (de 2 points soit -34g de sucre)
- arrêt de la fermentation par filtration à froid.
- mutage au cognac
- élevage de courte durée en cuve inerte (6 mois le temps de la stabilisation)

A votre disposition pour échanger sur le sujet.


Cheers,

F.

CHIFFRES DE L'AOC PINEAU DES CHARENTES

537 viticulteurs
2300 ha de vigne
80 000 hl produits
11,6 millions de cols vendus

55% de blanc
45% de rouge

96% en pineau des charentes
4% en vieux et très vieux pineau des charentes

25% d'exportation dont 80% en Belgique
50% des ventes France en GMS (1/3 dans la région d'origine)




HISTOIRE DU PINEAU DES CHARENTES
La culture de la vigne est présente dans la région des Charentes depuis l’époque romaine. D’abord implanté en Saintonge dès le IIIème siècle, le vignoble s’étend vers l’Aunis et l’Angoumois, pour enfin couvrir l’ensemble de la Charente et de la Charente-Maritime, avec la ville de Cognac au coeur de cette nouvelle économie liée à la vigne. Ainsi, le Pineau des Charentes partage son histoire avec le Cognac. Depuis, les vignerons respectent les mêmes traditions et savoir-faire pour élaborer ce "vin de liqueur" unique et de grande qualité. D’abord réservé à un usage familial – il est le vin des mariages et des évènements familiaux - sa consommation s’étend en région, puis il devient un vin reconnu au niveau national.
Dès 1920, la filière s’organise pour obtenir en 1935 le statut de vin de liqueur d’Appellation d’Origine. C’est le 12 octobre 1945, que le Pineau des Charentes connaît un véritable essor en devenant Appellation d’Origine Contrôlée. Aujourd’hui, sa notoriété dépasse les frontières de l’Hexagone pour s’exporter à l’international.

Si l’origine précise du Pineau des Charentes reste quelque peu incertaine, il est dit, selon la légende qu’il serait le fruit du hasard (sérendipité). Un vigneron aurait ainsi versé par mégarde des moûts de raisin dans une barrique contenant de l’eau-de-vie de Cognac. Ce n’est que bien des années plus tard qu’il découvrit ce vin limpide et ensoleillé. Le Pineau des Charentes était né.

Cépages : ugni blanc, folle blanche, colombard, sémillon, sauvignon, montils, meslier Saint-François, jurançon blanc, merlot blanc, merlot noir, cabernet sauvignon, cabernet franc.
Vieillissement : 18 mois minimum, dont 12 mois en fûts de chêne.
Degré : en général 16 à 22%
Œil : robe pouvant aller d’un jaune paille à un vieil or aux reflets profonds. Des larmes régulières se forment rapidement autour du verre.
Nez : à la fois intense et élégant ; d’une grande complexité, des notes de tilleul et de fleur de vigne se mêlent à toute une palette aromatique de fruits frais - pêche, prune, figue – et fruits secs - amande, pruneau, pâte de coing - avec une pointe de vanille et de miel.

* VOCABULAIRE - Mistelle et vin de liqueur sont des synonymes au sens de l'OIV et de la France. Néanmoins il serait bon, selon moi, qu'à terme un distinguo soit fait au profit de la terminologie mistelle. Puisque un pineau des charente est un jus de raisin muté au cognac (et non un vin muté au cognac). De plus la terminologie vin de liqueur prête outrageusement à confusion avec "vin liquoreux" c'est à dire un vin qui contient plus de 45g de sucre résiduel. En l'occurence un pineau des charentes contient environ 120g de sucre résiduel, et du cognac. Donc dites oui aux mistelles et dites non aux vins de liqueurs :)

2 commentaires:

  1. il faudrait déjà plutot moderniser le packaging bouteille et etiquette! l'image du pineau fait vieillot... l'apéritif est festif... vieillot et festif ne vont pas ensemble... les babv vont enterrer le pineau... soyez créatif!!!

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  2. La proposition de Frédéric Bourgoin consiste à créer une catégorie de Pineau des C jeune, élevé une courte durée en cuve inerte.
    Ceci est la méthode d'élaboration du Floc de Gascogne... dont les volumes produits et vendus sont en recul constant.
    Cela ne me semble donc pas une bonne idée.

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